Aiguerelles ( Les )

 « Le ruisseau caché » de Montpellier
Aiguerelle – aigarel - aigarada ou aigalada - signifie « petit ruisseau dans la ville ».
L’appellation « rigole » se rencontre également. Ce ruisseau, un des nombreux affluents de la rive droite du Lez, est reconnu depuis 1272. Il servait déjà de collecteur des égouts du versant sud de la ville tandis que le Merdanson (Verdanson) jouait le même rôle pour le versant nord. Le ruisseau qui récupère les eaux usées, en particulier les latrines, dégage une odeur infecte signalée en 1887.

Pour insister sur son aspect repoussant on l’appelle même « les Aiguerelles noires ». Il récupère également les eaux de pluie. Aujourd'hui encore il remplit cette double fonction de canalisation des égoûts et des eaux pluviales.

Le tracé des Aiguerelles

Juxtaposition du cadastre napoléonien avec la trame urbaine actuelle extraite du rapport : « zone de protection du patrimoine architectural urbain et paysager Sud Gare Méditerranée juillet 2006 » montrant la partie aérienne des Aiguerelles avant son recouvrement.

 

C’est un parcours grossièrement orienté nord-ouest/sud-est depuis la source mal localisée du côté de la route de Lodève, qui  pourrait être une émanation de la Mosson (Un chat emporté du côté de la route de Lodève est retrouvé en bas du boulevard  Gambetta), jusqu’au confluent avec le Lez à environ 1 km au sud du pont Juvénal. De nombreux petits ruisseaux rejoignent son cours. (jusqu'en 1950 un affluent était visible en haut de l'avenue de Lodève).
Les Aiguerelles descendent en suivant le boulevard Gambetta. Ce parcours souterrain n'est pas visible sur les cartes et plans de la ville. C'est l’exutoire d’un bassin versant de 160 ha qui est doublé d’un axe passant sous le boulevard du « Jeu de Paume », exutoire lui-même d’un bassin versant de 22 ha. Ces deux axes ont une pente importante  et se réunissent au point bas : Saint-Denis - Saunerie - Boulevard de l’Observatoire. A partir de là, les Aiguerelles ont un lit principal apparent à l'air libre cartographié jusqu'au XIXème siècle.
A Saint Denis, les Aiguerelles s’étalent  et se partagent en différents bras.  Un bras passe sous la rue de la Saunerie jusqu'à un vaste  « cloaque » au niveau de la place Laissac. Lors de la construction en 1964 du marché Laissac on a trouvé côté rue Anatole France des arcades datées du Moyen Âge  soutenant un passage au dessus du ruisseau élargi.
Au niveau de cet élargissement  le tracé fait un coude à l’angle de la rue  Anatole France  et de la rue Guinier et se dirige vers l’est en suivant la rue Durand. Le ruisseau passe ensuite sous la gare, traverse la propriété Lacroix, puis descend la rue des Aiguerelles jusqu’à la place Carnot, longe l’église des Saints François (qu’il a fallu reconstruire, ses fondations ayant été minées par le ruisseau) et une partie s’infiltre dans la partie sud du  cimetière protestant (une allée où les inhumations sont impossibles) puis continue  par la rue du Pont Trinquat.
Ce parcours est enrichi de plusieurs petits ruisseaux  et se divise en plusieurs branches annexes  formant une sorte de delta avant de rejoindre  le Lez.
 Au niveau du cloaque un bras a alimenté les douves de la commune clôture au pied  de la Babote. Lors du comblement des fossés à partir de 1789 il a été dévié plus au sud  au niveau de la rue Durand.
Pour franchir le ruisseau il existait plusieurs ponts et pontets dont un situé un peu à l’est de la Babote et un autre à peu près au milieu de la rue de la République.

Le débit des Aiguerelles et ses conséquences
 Le débit dépend des précipitations fort irrégulières sous climat méditerranéen. Ainsi après des périodes d’étiage le ruisseau  est considérablement grossi en période de fortes pluies, devenant un véritable torrent  à l'origine  d'inondations avec débordements sur voirie en  particulier dans les points bas (Saunerie, Observatoire).  Dans notre quartier, des caves  notamment dans les  rues du Cheval Vert et de la Saunerie sont alors inondées, des immeubles riverains doivent mettre en marche les pompes de relevage dont ils sont équipés en permanence. Le parking Gambetta a du être réorganisé suite à une inondation qui a piégé de nombreuses voitures.  Il est impossible de prévoir des caves rue Leenhardt. Lors de la construction de l'immeuble « Les Terrasses de l'Observatoire » les engins mécaniques remontaient dans leurs godets sables et eaux.
En 1898 un trop plein est installé au niveau du chemin de Moularès, mais cela ne suffit pas à pallier les inondations provoquées par les crues du ruisseau. Pourtant à ce jour il n’est pas encore établi  de plan de risques inondations.

Les dimensions (largeur 5 à 6 m - profondeur 2 à 3 m) et le  débit  des Aiguerelles sont apparus suffisants pour  envisager d’utiliser son cours principal comme voie navigable et de construire un port au pied de la citadelle. La navigation sur Les Aiguerelles canalisées aurait mis en connexion  la ville  et la mer via le Lez permettant le transport direct des marchandises  sans transbordement. C’est ainsi qu’à partir de 1757 différents projets se sont  succédés jusqu’à celui soutenu par M. Pagézy  en 1856  développant l’idée d’une voie navigable connectée au train.  De longs débats n’ont pas permis de faire aboutir cette idée qui devint obsolète avec le développement et le succès  du chemin de fer. On peut remarquer que la construction du quartier Antigone et de son prolongement Port Marianne suit un tracé parallèle à celui des Aiguerelles  pour l’extension de la ville vers la mer.

Le recouvrement des Aiguerelles
En l’an VII, on a construit sous la rue de la Saunerie un grand collecteur (un homme peut y tenir debout).
En 1824, le ruisseau est recouvert au niveau de la propriété de M. Levat dans la partie Est de ce qui est actuellement la rue Durand.
Pour la partie Ouest de cette même rue, en 1838, une délibération du conseil municipal  accorde aux Frères Durand le droit de recouvrir d’une voûte la portion du ruisseau qui traverse les jardins de leur propriété. Cette portion leur est concédée, ils ont la jouissance du sol au-dessus de la voûte ce qui leur a permis de construire sur le talweg recouvert.
En 1937, lors de la construction de la ligne de chemin de fer Montpellier- Cette, le ruisseau doit être recouvert pour installer les voies ferrées à « condition que l'écoulement des eaux soit respecté ».
En 1842, lors du nivellement lié à la construction de la gare de Nîmes, un tunnel est bâti sur le talweg et les voies du chemin de fer seront installées dessus. Le conseil municipal  obtient  que les financiers en charge de la construction de la voie ferrée financent également  la construction du tunnel et que  par la suite la société d’exploitation de la ligne de chemin de fer entretienne le tunnel. C’est donc la SNCF (ou Réseau Ferré de France) qui est aujourd’hui chargée de cet entretien.
Par la suite  le tunnel est prolongé au-delà de la gare par un grand égout de 3,15m de large et 4 m de haut. Les Aiguerelles canalisées passent sous l’allée centrale du cimetière protestant comme l’indique une plaque sur le mur de clôture du côté boulevard d’Orient. Actuellement la canalisation est prolongée jusqu'à son arrivée dans  la station de la Céreirède.
Progressivement l’ensemble du tracé a été englouti dans un  collecteur.

L’utilisation des Aiguerelles jusqu’ au XIXème siècle.
En plus de récepteur des eaux usées et des eaux de pluie, nous avons vu que le ruisseau a été utilisé pour alimenter certains secteurs des douves autour de la commune clôture. Il servait aussi   pour arroser les nombreux jardins qu’il traversait : en particulier ceux des Templiers, ceux des familles Durand, Levat et Parlier ainsi que les parcelles allouées par les  militaires aux  maraîchers  dans le fossé des Arbalétriers (actuel  Bd Victor Hugo).
Le ruisseau était aussi utilisé par des usines installées sur ses rives, comme les  suiferies qui récupéraient des graisses issues des abattoirs et les fabriques de verdet. Spécialité de Montpellier depuis le XIVème  siècle, le verdet était utilisé contre les maladies cryptogamiques de la vigne, mais aussi mélangé aux crépis des maisons qu’il  protégeait de l’humidité ; il permettait également d’obtenir le vert céladon.

Aujourd’hui le ruisseau est entièrement recouvert mais il est toujours actif et, lors des fortes pluies, il montre qu’il est bien toujours là provoquant érosion et inondations.
En septembre 2015, le sol sous le pont de Sète s’est affaissé et une pompe a du fonctionner plusieurs jours pour aspirer une eau malodorante. Cet affaissement a permis de voir un égout en maçonnerie ancienne.
Ceci rappelle un fait analogue quand un cratère de 2,5m de diamètre et environ 3m de profondeur s’est soudain formé dans les jardins de la propriété Lacroix  à l’angle de la rue des 2 ponts  et de la rue des Aiguerelles.

 


Bibliographie :
La Vie montpelliéraine aux XVIIIe et XIXe siècles Liliane Franck. 1985
Histoire des Prés d’Arènes par P G Agnelot
Bulletin de la Société Languedocienne de Géographie G. Viallet oct 1956
La gare à travers le temps P Génelot Ed Espace Sud. 1993
Aménagement / Languedoc-Roussillon/Hérault Montpellier 03 12 2003
Internet : Gare TGV.free.fr – Note de synthèse de Michel Tron architecte des bâtiments de France
Rapport zone de protection du patrimoine architectural urbain et paysager sud Gare Méditerranée juillet 2006.

Documents annexes :
Photo du tunnel sous la gare les égouts des Aiguerelles en 1933

  

 

 


 

 

 

Publié dans Les lieux remarquables

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